Les Blood Falls révèlent un nouveau mystère

par Heiner Kubny
09/02/2026

La photo montre Jill Mikucki et Peter Doran en train de prélever des échantillons aux Blood Falls en janvier 2023. (Photo : Bryan Minnear)

Sous le glacier Taylor, en Antarctique, se cache apparemment un patrimoine biologique datant d’une époque où l’eau de mer s’enfonçait profondément dans ce qui est aujourd’hui les McMurdo Dry Valleys. Près des célèbres Blood Falls, des chercheurs ont découvert des micro-organismes dont l’origine pourrait être étroitement liée à cette mer disparue.

Les Blood Falls comptent parmi les phénomènes naturels les plus insolites de l’Antarctique. À l’extrémité du glacier Taylor, un liquide très salé et riche en fer s’écoule par intermittence de la glace. Dès que le fer dissous entre en contact avec l’oxygène, il s’oxyde et teinte la glace et les sédiments d’une couleur rouge caractéristique.

Une équipe internationale de chercheurs dirigée par Angela Zoumplis a désormais trouvé des indices d’une communauté inhabituelle de micro-organismes complexes. Les résultats ont été publiés début août 2026 dans Nature Geoscience.

Des chercheurs étudient les Blood Falls sur le glacier Taylor, dans les McMurdo Dry Valleys. Cette coloration rouge rouille apparaît lorsque de la saumure riche en fer et en sel s’écoule du glacier et s’oxyde au contact de l’air. (Photo : Erin Pettit)

Des organismes marins sous la glace

Les chercheurs ont analysé au total 167 échantillons d’eau, de glace, de boue et de sédiments provenant des McMurdo Dry Valleys, ainsi que des échantillons de référence prélevés dans le détroit de McMurdo.

C’est précisément dans la glace rouge et les sédiments situés à l’extrémité du glacier Taylor qu’ils ont découvert de nombreux micro-organismes habituellement associés aux milieux marins. Parmi ceux-ci figurent des diatomées, des dinoflagellés, des haptophytes et des ciliés. Dans certains échantillons, les diatomées marines représentaient une part particulièrement importante de la communauté identifiée.

Les analyses d’ARN se sont révélées encore plus surprenantes. Elles ont montré qu’au moins une partie des organismes présente une activité métabolique. Il ne s’agit donc manifestement pas uniquement de restes biologiques d’êtres vivants morts depuis longtemps.

Selon les chercheurs, le transport de ces organismes par le vent depuis la côte vers l’intérieur des terres ne suffit pas non plus à expliquer ces résultats. Certaines des diatomées trouvées aux Blood Falls se distinguent par ailleurs génétiquement des populations actuelles du détroit de McMurdo.

Les Blood Falls près du glacier Taylor, dans les McMurdo Dry Valleys. Une saumure riche en fer et en sel jaillit à l’extrémité du glacier et teinte la glace et les sédiments d’un rouge rouille. À l’arrière-plan, un hélicoptère survole la zone de recherche. (Photo : Peter Rejcek / National Science Foundation (NSF)

Vestiges d’une mer ancienne

Cette découverte corrobore les études antérieures menées sur l’eau présente sous le glacier Taylor. Au cours de périodes climatiques plus chaudes, de l’eau de mer aurait pu s’infiltrer dans la vallée de Taylor. Par la suite, une partie de cette eau salée a été coupée de l’océan par les variations du niveau de la mer et l’avancée du glacier, et s’est retrouvée emprisonnée sous la glace.

On ne sait pas encore avec certitude depuis combien de temps cet isolement dure. Les résultats indiquent toutefois que le système des Blood Falls a conservé des traces biologiques d’une connexion passée avec la mer.

La saumure fortement salée joue ici un rôle décisif. Le sel abaisse le point de congélation et permet à l’eau de rester à l’état liquide sous le glacier, même dans les conditions antarctiques extrêmement froides.

Pour la science, les Blood Falls offrent ainsi une fenêtre exceptionnelle sur le passé. Les micro-organismes qui y vivent pourraient montrer comment la vie s’adapte au froid extrême, à une forte salinité et à un long isolement et comment les communautés biologiques peuvent survivre à de profonds changements de leur environnement.

Heiner Kubny, PolarJournal