La pêche au krill atteint son quota plusieurs mois avant la date prévue

par Heiner Kubny
09/08/2026

Le krill antarctique (Euphausia superba) est une espèce clé du réseau trophique de l’océan Austral. Ces petits crustacés constituent une source de nourriture essentielle pour les baleines, les manchots, les phoques et les poissons. (Photo : Uwe Kils / Wikimedia Commons)

La pêche au krill en Antarctique a de nouveau été interrompue prématurément en 2026. Dès le 12 août, le seuil des 620 000 tonnes avait été atteint dans les zones de pêche de l’Atlantique Sud. Les scientifiques s’inquiètent toutefois moins du volume total que de la concentration croissante des navires de pêche dans les principales zones d’alimentation des manchots, des phoques et des baleines.

Le krill antarctique (Euphausia superba) ne mesure que quelques centimètres, mais joue un rôle clé dans l’écosystème de l’océan Austral. Les manchots, les phoques, les baleines, les oiseaux marins et de nombreuses espèces de poissons dépendent directement ou indirectement de ces petits crustacés pour leur alimentation.

Parallèlement, l’importance économique du krill ne cesse de croître. Il est notamment transformé en aliments pour l’aquaculture ainsi qu’en produits riches en oméga-3.

Le seuil dit « de déclenchement » fixé par la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) pour la zone 48 s’élève à 620 000 tonnes. En 2026, ce seuil a été atteint dès le 12 août, pour la deuxième année consécutive bien avant la fin habituelle de la saison. En 2025, la pêche avait même déjà été fermée le 1er août.

Krill antarctique (Euphausia superba) dans les eaux au large de l’île Galindez, près de la station de recherche ukrainienne Akademik Vernadsky. (Photo : Oleksandr Bogomaz / Wikimedia Commons)

La flotte de pêche se concentre sur quelques zones

Le volume total des captures ne représente toutefois qu’une partie du problème. La biologiste marine Kim S. Bernard de l’université d’État de l’Oregon, qui étudie le krill antarctique depuis 16 ans, souligne surtout la concentration géographique de la pêche.

Les données de déplacement des navires fournies par Global Fishing Watch montrent qu’en 2026, la flotte de pêche au krill opérait principalement dans le détroit de Bransfield et le détroit de Gerlach, sur la péninsule antarctique, ainsi qu’au nord-ouest des îles Orcades du Sud. Dans une grande partie du reste de la zone 48, en revanche, la pêche au krill était quasi inexistante, voire inexistante.

Or, ce sont précisément ces eaux qui constituent d’importantes zones d’alimentation pour les manchots, les phoques et les baleines. Le krill n’est pas réparti de manière homogène dans l’océan Austral, mais forme de grands bancs concentrés localement. Lorsque ces bancs font l’objet d’une pêche intensive, même un quota de capture fixé avec prudence peut donc avoir des répercussions locales.

Gros plan sur la tête d’un krill antarctique (Euphausia superba). On distingue clairement ses grands yeux composés, ses antennes et les fines structures filtrantes grâce auxquelles le krill filtre sa nourriture dans l’eau. (Photo : Uwe Kils ; retouche : Amada44 / Wikimedia Commons)

Expiration du régime de protection

Jusqu’en 2024, outre le quota global, il existait un régime qui répartissait la pêche au krill entre différentes sous-zones. Cette mesure visait à éviter qu’une grande partie des prises ne provienne d’un petit nombre de régions particulièrement importantes sur le plan écologique.

Ce régime a toutefois pris fin sans que les membres de la CCAMLR aient pu s’accorder sur un nouveau dispositif. Depuis lors, la pêche s’est davantage concentrée sur certaines zones spécifiques. Selon les données de l’Antarctic and Southern Ocean Coalition, les captures ont considérablement augmenté par rapport aux années précédentes, ne serait-ce que dans la zone 48.1, autour de la péninsule antarctique.

L’industrie de la pêche fait quant à elle valoir que la réglementation actuelle fonctionne : dès que le seuil de 620 000 tonnes est atteint, la saison prend fin. De plus, ce volume représente moins de 1 % de la biomasse de krill estimée dans la zone 48 lors d’une grande campagne d’étude de la CCAMLR menée en 2019.

Décision en octobre

La question centrale est donc de savoir le krill peut être pêché et comment les quotas de pêche devront être répartis géographiquement à l’avenir.

Lors de la prochaine réunion annuelle de la CCAMLR en octobre, une gestion modernisée de la pêche au krill fera à nouveau l’objet de discussions. La création d’une vaste aire marine protégée autour de la péninsule antarctique est également à l’ordre du jour.

Cette décision pourrait avoir des répercussions considérables sur l’écosystème. En effet, le krill constitue l’un des piliers essentiels de la chaîne alimentaire antarctique et les mêmes bancs que ciblent les flottes de pêche nourrissent également une grande partie de la faune de l’océan Austral.

Heiner Kubny, PolarJournal