Les orques s’étendent dans l’Arctique

par Léa Zinsli
05/01/2026

Avec le recul de la banquise, les orques gagnent le Haut-Arctique et perturbent des écosystèmes fragiles.
Orques au large de l’Alaska (Photo : Robert Pitman, NOAA)

Alors que la banquise arctique continue de reculer, un nouveau prédateur transforme les écosystèmes dans l’une des régions les plus isolées de la planète.

Les orques sont observées de plus en plus fréquemment dans le Haut-Arctique canadien, où la banquise dense limitait autrefois leur accès. Une étude montre que le recul de la banquise favorise leur progression vers le nord.

Leur arrivée a des conséquences visibles. Les orques s’attaquent aux narvals, aux bélugas et aux baleines boréales, des espèces qui ont évolué dans des environnements avec relativement peu de prédateurs naturels. Une étude montre que les narvals modifient leur comportement en présence d’orques, abandonnant des zones d’alimentation et adaptant leurs déplacements pour éviter les attaques.

Les narvals se rapprochent des côtes en réponse à la présence des orques
(Figure : Breed et al. 2017, PNAS)

Des signes de cette pression croissante sont également visibles chez les baleines boréales, dont beaucoup portent des cicatrices compatibles avec des interactions avec des orques, selon des observations de terrain. Les chercheurs estiment que ces interactions deviennent plus fréquentes à mesure que les conditions environnementales évoluent.

L’expansion des orques dans l’Arctique est étroitement liée au changement climatique. La réduction de la banquise ouvre non seulement de nouvelles voies à ces prédateurs très mobiles, mais augmente aussi le temps qu’ils peuvent passer à chasser dans les eaux nordiques. Dans le même temps, cet environnement en mutation comporte aussi des risques, car les orques peuvent se retrouver piégées si la glace se reforme rapidement.

Une grande partie des connaissances sur ces changements repose sur une combinaison d’études scientifiques et de savoirs inuits.

Dans l’ensemble, ces résultats témoignent d’une transformation plus large en cours dans l’océan Arctique. À mesure que la banquise recule, les frontières écologiques se déplacent, permettant de nouvelles interactions entre espèces susceptibles de remodeler en profondeur les réseaux trophiques marins dans les décennies à venir.

Léa Zinsli, PolarJournal