Une souris génétiquement modifiée, dotée d’un pelage remarquablement dense et laineux, attire actuellement l’attention du monde scientifique. La «Woolly Mouse» est considérée comme un premier pas potentiel vers la réintroduction d’espèces disparues, en particulier du mammouth laineux.
L’entreprise américaine Colossal Biosciences poursuit un objectif ambitieux: créer d’ici 2028 une espèce hybride semblable au mammouth. Pour ce faire, les chercheurs souhaitent intégrer des caractéristiques génétiques du mammouth laineux chez son plus proche parent vivant, l’éléphant d’Asie. L’objectif est d’obtenir un animal capable de s’adapter au froid extrême et de survivre dans les régions arctiques.
Avant de mener des expériences sur des éléphants, l’équipe teste ses méthodes sur des animaux plus petits. Dans l’expérience actuelle, les chercheurs ont identifié plusieurs différences génétiques entre mammouths et éléphants, influençant notamment la structure du pelage, la graisse corporelle et la couleur. Grâce à des technologies modernes d’édition génétique, des modifications ciblées ont été apportées aux gènes de souris. Le résultat est une souris au pelage doré, dense et ondulé, rappelant celui d’un mammouth laineux.
Malgré ces avancées, certaines voix critiques s’élèvent dans la communauté scientifique. Le biologiste de l’évolution Robin Lovell-Badge souligne qu’il reste incertain si ces souris modifiées sont réellement mieux adaptées au froid. Une question essentielle demeure donc sans réponse: ces interventions génétiques peuvent-elles réellement reproduire des caractéristiques fonctionnelles du mammouth?
D’autres experts expriment également des doutes quant à la faisabilité du projet. La généticienne Tori Herridge rappelle que même des adaptations génétiques étendues ne permettraient qu’une approximation d’un animal disparu; un véritable mammouth ne pourrait pas être recréé de cette manière.
Outre les préoccupations scientifiques, des critiques éthiques et écologiques émergent. Certains remettent en question l’utilisation des ressources financières considérables, Colossal Biosciences a investi plusieurs centaines de millions de dollars depuis 2021, et estiment qu’elles pourraient être mieux employées pour protéger des espèces menacées. De plus, l’utilisation de proches parents vivants d’animaux disparus, par exemple dans des projets concernant le dodo, pourrait présenter des risques supplémentaires pour ces espèces.
Les chercheurs eux-mêmes voient toutefois un fort potentiel de leur projet pour la protection du climat. Ils avancent que des animaux semblables au mammouth pourraient, par leur comportement dans les régions arctiques, ralentir le dégel du pergélisol, limitant ainsi la libération de carbone nocif pour le climat.
Reste à savoir si la «Woolly Mouse» constitue réellement la première étape vers le retour du mammouth ou si elle restera une expérience spectaculaire mais limitée. Une chose est sûre: ce projet soulève des questions fondamentales sur les possibilités et les limites du génie génétique moderne.
Rosamaria Kubny, PolarJournal