Les rennes révèlent une pollution croissante en Arctique

par Léa Zinsli
05/29/2026

Le réchauffement en Arctique pourrait libérer des polluants longtemps piégés, avec des niveaux en hausse chez les rennes du Svalbard.
Un renne du Svalbard gratte la neige pour trouver de la nourriture (Photo : Léa Zinsli)

De nouvelles recherches indiquent que le changement climatique pourrait modifier la manière dont les polluants circulent dans les écosystèmes arctiques, avec des effets mesurables même chez des espèces terrestres comme le renne du Svalbard.

Une étude récente sur l’exposition aux contaminants chez ces animaux met en évidence une augmentation des concentrations de PFAS, des produits chimiques industriels persistants souvent appelés « forever chemicals », ainsi que de métaux lourds tels que le mercure et le cadmium. Ces substances sont connues pour leur persistance dans l’environnement et leur potentiel à affecter la santé animale et humaine.

Un renne du Svalbard en hiver dont les excréments permettent aux chercheurs de suivre l’exposition aux polluants (Photo : Léa Zinsli)

Bien que le Svalbard soit isolé, la pollution ne connaît pas de frontières. De nombreux contaminants proviennent de régions industrialisées plus au sud et sont transportés vers le nord par les courants atmosphériques et océaniques. Avec le temps, ils s’accumulent dans la neige, les glaciers et le pergélisol. À mesure que les températures augmentent et que la glace fond, ces polluants stockés peuvent être relâchés dans l’environnement.

L’étude montre que les concentrations de PFAS chez les rennes ont augmenté par rapport aux mesures effectuées en 2010, et que le profil chimique a évolué, avec une plus grande présence de composés à longue chaîne. Ces derniers sont généralement associés au transport à longue distance et à une forte persistance environnementale.

Un renne du Svalbard dans son habitat estival sur une toundra rocheuse (Photo : Léa Zinsli)

Les chercheurs ont également observé des différences saisonnières marquées. Les rennes échantillonnés en automne présentaient des niveaux de contaminants plus élevés que ceux analysés à la fin de l’été, probablement en raison de périodes d’alimentation plus longues et de changements saisonniers dans la végétation. En tant qu’herbivores, les rennes sont principalement exposés par les plantes qu’ils consomment, lesquelles peuvent absorber les polluants présents dans le sol et les eaux de fonte.

La similitude entre les profils de contaminants chez les rennes et ceux observés dans la glace arctique suggère un lien possible entre la fonte des glaciers et de nouvelles voies d’exposition.

Bien que les niveaux mesurés restent inférieurs aux seuils préoccupants pour la consommation humaine, notamment pour la viande, les résultats mettent en évidence un risque croissant. Avec la poursuite du réchauffement de l’Arctique, des polluants auparavant piégés pourraient être de plus en plus libérés dans les écosystèmes, avec des conséquences encore incertaines pour la faune.

Léa Zinsli, PolarJournal