Quatre membres de l’expédition Franklin identifiés

par Heiner Kubny
05/13/2026

Des chercheurs canadiens ont désormais établi l’identité de quatre autres corps. Trois hommes faisaient partie de l’équipage de l’Erebus. Sur la photo, le chercheur Douglas Stenton en train de récupérer un crâne dans la baie d’Erebus. (Photo: Université de Waterloo)

Près de 180 ans après la fin tragique de l’expédition Franklin, des chercheurs ont réussi à identifier formellement quatre membres d’équipage jusqu’alors inconnus à l’aide d’analyses ADN. L’expédition, dirigée par l’explorateur polaire britannique John Franklin, avait pris la mer en 1845 à bord des deux navires HMS Erebus et HMS Terror afin de trouver le passage du Nord-Ouest à travers l’Arctique. Après que les deux navires se furent retrouvés prisonniers de la banquise, les 129 membres d’équipage tentèrent de se mettre en sécurité à pied en marchant sur la glace en direction du sud. Aucun des hommes n’a survécu.

L’expédition Franklin est considérée comme l’un des chapitres les plus célèbres et les plus tragiques de l’histoire polaire. Ce tableau non signé représente les hommes de Sir John Franklin quittant leur navire pris dans la glace arctique et entamant leur marche désespérée à travers le paysage polaire inhospitalier.

Une équipe de recherche de l’université de Waterloo, au Canada, a désormais pu identifier les restes de quatre marins. Trois d’entre eux faisaient partie de l’équipage du HMS Erebus et ont été retrouvés dans la baie dite «de l’Erebus». Le quatrième homme était le sous-officier Harry Peglar, du HMS Terror. Ses restes ont été découverts à environ 200 kilomètres de la côte, à l’intérieur des terres d’une île arctique. Peglar est ainsi le premier membre d’équipage du Terror dont l’identité a pu être confirmée par des analyses ADN.

L’identification de Peglar revêt une importance particulière, car elle résout un mystère qui perdurait depuis 1859. Son corps avait alors été retrouvé en même temps que des documents personnels. Cependant, comme il portait des vêtements qui ne correspondaient pas à son grade, des doutes ont longtemps subsisté quant à savoir s’il s’agissait bien de Harry Peglar. Les analyses génétiques modernes ont désormais définitivement levé cette incertitude.

Un plongeur-chercheur de Parcs Canada examine l’épave du HMS Erebus dans les eaux glacées de l’Arctique canadien. L’archéologie sous-marine moderne permet de reconstituer pas à pas le destin de l’expédition Franklin de 1845. (Photo: Parcs Canada)

Les «papiers de Peglar» ont également été découverts près du corps de Peglar, il s’agit de quelques-uns des rares témoignages écrits de l’expédition Franklin. Ces documents contiennent des poèmes ainsi que, semble-t-il, des récits des événements survenus au cours des derniers mois du voyage.

L’équipe de recherche dirigée par l’anthropologue Douglas Stenton avait déjà identifié d’autres membres de l’expédition au cours des années précédentes. En 2021, elle a réussi à identifier les restes de l’ingénieur John Gregory. En 2024, les chercheurs ont pu identifier le capitaine du HMS Erebus, James Fitzjames. Des indices de cannibalisme ont été trouvés près de ses restes. En revanche, aucune trace de ce type n’a été constatée chez les quatre hommes désormais identifiés.

Les objets récupérés dans les épaves du HMS Erebus et du HMS Terror, notamment de la vaisselle, des bouteilles en verre, des instruments de navigation et scientifiques ainsi que des effets personnels de l’équipage, fournissent des informations précieuses sur la vie et le travail à bord de l’expédition Franklin. (Photo: Parcs Canada)

Les analyses ADN ont également permis d’entrer en contact avec des descendants encore en vie aujourd’hui. Il s’est ainsi avéré que le journaliste de la BBC Rich Preston est un descendant de John Bridgens, membre de l’expédition. Preston s’est montré à la fois surpris et fasciné par ce lien avec l’un des chapitres les plus célèbres de la recherche polaire.

Ces découvertes apportent de nouvelles informations sur le sort de l’expédition Franklin et aident à reconstituer plus précisément les derniers jours de l’équipage. Pour les historiens et les descendants, elles constituent une étape importante vers l’élucidation de l’un des plus grands mystères de l’histoire de l’Arctique.

Heiner Kubny, PolarJournal