Le plus grand et le plus puissant brise-glace de la Garde côtière canadienne, le CCGS Louis S. St-Laurent, a atteint le pôle Nord géographique le 16 août dans le cadre de son déploiement arctique de 2026. Ce voyage s’inscrit dans une mission canadienne pluriannuelle visant à recueillir des données sur les fonds marins et des données hydrographiques afin d’appuyer la soumission du pays concernant son plateau continental au titre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.
L’arrivée à 90° Nord constitue une étape opérationnelle importante pour ce brise-glace lourd vétéran, qui sert depuis plus de cinq décennies de plateforme centrale pour les missions canadiennes de recherche scientifique et de souveraineté dans l’Arctique. Les travaux menés cet été soutiennent Ressources naturelles Canada et Pêches et Océans Canada, dans le cadre d’un programme de terrain plus vaste prévu de 2024 à 2027.
Cartographier les fonds marins de l’Arctique
Son déploiement de 2026 combine des fonctions scientifiques et opérationnelles. La Garde côtière canadienne a présenté cette mission comme une démonstration de sa capacité à opérer dans les eaux arctiques isolées et difficiles, tandis que le ministre de la Défense, David McGuinty, a déclaré que le passage par le pôle Nord contribue aux connaissances scientifiques, à la présence canadienne et à la souveraineté dans le Nord.
« L’arrivée du CCGS Louis S. St-Laurent au pôle Nord constitue une étape importante qui témoigne de l’engagement durable du Canada envers l’Arctique. Soutenue par l’expertise du personnel de la Garde côtière canadienne, cette mission fait progresser les connaissances scientifiques, renforce notre présence dans le Nord et consolide la souveraineté et la sécurité du Canada. »
L’honorable David J. McGuinty, ministre de la Défense nationale
L’expédition recueille des données géoscientifiques et hydrographiques à haute résolution dans le Haut-Arctique. Le Canada entend utiliser ces données pour contribuer à définir les limites extérieures de son plateau continental, c’est-à-dire le prolongement submergé du territoire terrestre d’un pays sous les fonds marins.
En vertu de la CNUDM, les États côtiers peuvent revendiquer des droits sur les ressources de certaines parties des fonds marins situées au-delà de leur zone économique exclusive de 200 milles marins s’ils peuvent démontrer que ces fonds constituent le prolongement naturel de leur marge continentale. Ces droits concernent les fonds marins et leur sous-sol, et non le contrôle de la colonne d’eau ou des routes maritimes situées au-dessus.
Un brise-glace vétéran
La Garde côtière canadienne exploite actuellement une flotte de neuf brise-glaces, dont deux sont classés comme brise-glaces lourds et sept comme brise-glaces moyens. Mis en service en 1969, le Louis S. St-Laurent est le navire ayant la plus longue ancienneté au sein de la flotte de brise-glaces lourds de la Garde côtière canadienne et constitue le navire amiral de celle-ci. Long de 119,60 m, il dispose d’une autonomie de 28 000 milles marins et peut atteindre une vitesse maximale de 18 nœuds. Il est équipé d’un hangar pour hélicoptères pouvant accueillir deux appareils, de plusieurs laboratoires destinés aux travaux scientifiques et embarque normalement un équipage de 42 personnes, mais peut accueillir jusqu’à 100 personnes selon la mission. Initialement destiné à être retiré du service dans les années 2000 puis en 2017, le navire a fait l’objet d’importants travaux de modernisation au cours de sa carrière, lui permettant de continuer à opérer dans les conditions exigeantes de l’Arctique tout en soutenant des missions scientifiques, de ravitaillement et gouvernementales.
Le navire a déjà participé à de vastes campagnes de cartographie des fonds marins de l’océan Arctique, notamment dans le cadre d’expéditions conjointes avec la Garde côtière des États-Unis. Ces missions ont utilisé des sonars multifaisceaux, des mesures sismiques et des prélèvements géologiques afin d’étudier la dorsale de Lomonossov, la dorsale Alpha et d’autres structures sous-marines pertinentes pour les revendications relatives au plateau continental.
Présence dans l’Arctique et renouvellement de la flotte
La saison opérationnelle estivale annuelle du Canada dans l’Arctique s’étend généralement de juin à novembre. Durant cette période, les brise-glaces de la Garde côtière fournissent des services aux communautés nordiques, soutiennent les travaux scientifiques et contribuent aux opérations fédérales dans l’ensemble de l’Arctique.
La mission au pôle Nord intervient également alors que le Canada accorde une attention croissante à la sécurité et aux infrastructures dans l’Arctique. L’évolution des conditions de la glace de mer accroît l’accessibilité de certaines parties de l’océan Arctique, tandis que le transport maritime commercial, les activités scientifiques et la compétition stratégique attirent davantage l’attention sur la région.
Dans le même temps, le Louis S. St-Laurent approche une nouvelle fois de la fin de sa durée de service. Le Canada renouvelle ses capacités de déglaçage grâce à la construction de deux nouveaux brise-glaces polaires dans le cadre du Projet de brise-glace polaire du gouvernement, qui fait partie de la Stratégie nationale de construction navale. Les deux navires, le CCGS Arpatuuq et le CCGS Imnaryuaq, actuellement en construction, sont destinés à offrir une plus grande endurance et une capacité opérationnelle plus soutenue dans le Haut-Arctique à mesure que les navires plus anciens seront retirés du service.
Dr Jan Benedict Spannenkrebs / Polar Journal