Un changement remarquable s’opère au large de la côte est du Groenland. Les rorquals communs, les baleines à bosse et les petits rorquals, qui étaient autrefois relativement rares dans ces eaux, apparaissent désormais par milliers chaque été. Une nouvelle étude montre à quel point l’écosystème marin a changé en l’espace de quelques décennies.
Des relevés systématiques réalisés en 2015 et 2024, ainsi que d’autres observations, révèlent une nette augmentation du nombre de cétacés à fanons. Les chercheurs estiment que plusieurs milliers d’animaux utilisent les eaux au large de la côte est du Groenland comme zone d’alimentation pendant l’été. Même au nord du cercle polaire, on observe désormais d’importants rassemblements. En août 2025, des groupes comptant jusqu’à 50 baleines à la fois ont été signalés.
Le recul de la banquise estivale joue ici un rôle déterminant. Depuis la fin des années 1990, les eaux au large de l’est du Groenland se sont nettement réchauffées, tandis que la banquise estivale n’a cessé de reculer. Cela rend accessibles des zones côtières qui étaient auparavant bloquées par la glace pendant de longues périodes pour ces espèces de cétacés.
Mais les cétacés suivent avant tout leur nourriture. Les loddes, petits poissons vivant en bancs et proies importantes de nombreux mammifères marins, ont progressivement déplacé leurs zones d’alimentation estivales de l’Islande vers l’est du Groenland. Les rorquals communs, les baleines à bosse et les petits rorquals semblent avoir suivi cette évolution. À elles toutes, les baleines à fanons pourraient ingérer chaque année environ un million de tonnes de proies au cours de leur séjour d’environ quatre mois au large du Groenland oriental.
L’évolution est particulièrement frappante chez les baleines à bosse. Les recensements effectués à partir de navires n’avaient enregistré aucune baleine à bosse jusqu’en 2006. En 2007, on en a recensé sept, en 2015 déjà 26 et en 2024 plus de 150. Les rorquals communs et les petits rorquals sont également observés beaucoup plus fréquemment.
Les scientifiques parlent d’une « boréalisation » croissante de l’est du Groenland : des espèces issues des eaux subarctiques plus chaudes s’étendent vers le nord et y rencontrent des espèces arctiques typiques. Cela pourrait également modifier les relations de concurrence et les réseaux trophiques. Les animaux liés à la banquise, comme les narvals, doivent de plus en plus partager leur habitat avec de grandes baleines à fanons.
La présence de nombreuses baleines au large de l’est du Groenland n’est donc pas seulement un spectacle naturel grandiose. Elle constitue également un signe tangible de la rapidité avec laquelle évolue l’un des écosystèmes arctiques, jusqu’à présent fortement influencé par la banquise.
Rosamaria Kubny, PolarJournal