De nouvelles recherches montrent que le sous-sol de la calotte glaciaire groenlandaise est différent de ce que l’on pensait jusqu’à présent. Au lieu d’un socle majoritairement rocheux, les scientifiques ont découvert sous la glace de vastes couches de sédiments. Cette découverte a des conséquences majeures pour la compréhension du changement climatique et de la future élévation du niveau de la mer.
La calotte glaciaire du Groenland est considérée comme un «point de bascule» du système climatique terrestre. Cela signifie qu’au-delà d’un certain seuil, un processus de fonte accéléré et difficilement réversible s’enclenche. Avec une hauteur pouvant atteindre 3 300 mètres, la glace stocke d’énormes quantités d’eau. Si elle fondait entièrement, le niveau moyen des mers s’élèverait d’environ sept mètres, avec des conséquences dramatiques pour les régions côtières du monde entier.
Jusqu’à présent, les chercheurs supposaient que la glace reposait principalement sur un socle rocheux solide. Une équipe de recherche américaine a toutefois pu démontrer que, par endroits, des couches de sédiments atteignant jusqu’à 200 mètres d’épaisseur se trouvent sous la glace. Celles-ci sont nettement plus tendres que la roche et permettent à la glace de glisser plus facilement. Cela peut accélérer le déplacement de la calotte vers la mer et, par conséquent, sa fonte.
En plus de cette découverte, les scientifiques observent un autre phénomène : le Groenland s’élève. En raison de la fonte des glaces, la pression sur le sol sous-jacent diminue, ce qui provoque une remontée progressive – un processus appelé relèvement isostatique. Les mesures montrent que le Groenland s’est élevé d’environ 23 centimètres au cours des dix dernières années. À l’avenir, de nouvelles îles pourraient même apparaître.
Cependant, ce processus a aussi des effets sur d’autres régions. Tandis que le Groenland s’élève, d’autres zones s’affaissent légèrement, notamment certaines parties de la côte allemande de la mer du Nord. Ainsi, le niveau de la mer mesuré à Cuxhaven a augmenté de 43 centimètres depuis 1843, une hausse qui ne s’explique pas uniquement par le réchauffement des océans.
Ces nouvelles connaissances montrent à quel point les interactions au sein du système climatique sont complexes. La découverte de couches de sédiments sous la glace groenlandaise pourrait contribuer à mieux prévoir les évolutions futures et souligne en même temps l’urgence de prendre des mesures contre le changement climatique.
Heiner Kubny, PolarJournal