Le trafic maritime le long de la côte arctique russe pourrait atteindre cette été une nouvelle ampleur. La compagnie maritime chinoise Sea Legend Shipping prévoit pour la première fois de mettre en place un service régulier saisonnier de transport de conteneurs entre la Chine et l’Europe via le passage du Nord-Est. Les traversées ponctuelles et les essais effectués jusqu’à présent deviendront ainsi, pour la première fois, des liaisons suivant un horaire fixe.
Sous le nom de China-Europe Arctic Express (CAX), huit départs au total sont prévus entre août et début octobre 2026. Les navires partiront de Ningbo-Zhoushan, sur la côte est chinoise, et feront route vers Felixstowe, au Royaume-Uni, en passant par l’Arctique russe.
En Europe en 20 jours environ
Le principal avantage réside dans la durée de trajet nettement plus courte. Pour le trajet de Ningbo à Felixstowe, on estime environ 20 à 21 jours. Les transports passant par le canal de Suez prennent souvent entre 30 et 40 jours, et le contournement de l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance prend encore plus de temps.
C’est le « Dubai Tower », un porte-conteneurs d’une capacité d’environ 1 740 EVP, qui donnera le coup d’envoi. Le navire a quitté la Chine le 15 août et devrait arriver à Felixstowe le 7 septembre. D’autres navires suivront à un rythme hebdomadaire. Depuis la Grande-Bretagne, la cargaison pourra être acheminée vers de nombreux ports européens.
Un voyage d’essai pour ouvrir la voie
Les bases de ce nouveau service ont été posées dès 2025. En septembre, l’« Istanbul Bridge » a quitté Ningbo et a atteint Felixstowe au bout d’environ 20 jours. Il a ensuite fait escale dans d’autres ports européens tels que Hambourg, Gdansk et Rotterdam.
L’expérience acquise lors de ce voyage en matière de navigation, de conditions météorologiques et de glace, ainsi que de logistique, doit désormais être mise à profit dans le cadre d’une exploitation régulière.
Sept navires pour huit traversées
Pour 2026, sept navires d’une capacité comprise entre environ 1 500 et un peu moins de 4 900 EVP sont prévus. Outre le « Dubai Tower », le « Riyadh Mukaab », l’« Athens Odeon » et, à nouveau, l’« Istanbul Bridge » devraient notamment être mis en service.
On ne peut toutefois pas encore parler d’un service régulier tout au long de l’année. Le passage du Nord-Est reste fortement tributaire des conditions de glace et est, pour l’instant, limité aux mois d’été et au début de l’automne pour les navires marchands ordinaires.
Opportunités et risques
Pour la Chine, cette route ouvre une liaison supplémentaire et nettement plus courte vers les marchés européens. Parallèlement, le passage du Nord-Est continue de gagner en importance stratégique grâce au resserrement de la coopération économique entre la Chine et la Russie.
L’intensification du trafic maritime comporte toutefois des risques pour l’écosystème arctique fragile. Des accidents et des rejets de polluants pourraient avoir des conséquences particulièrement graves dans cette région isolée. À cela s’ajoutent des conditions météorologiques et de glace difficiles, ainsi qu’une infrastructure portuaire et de sauvetage limitée.
Si les huit traversées prévues en 2026 se déroulaient avec succès, un cap important serait néanmoins franchi : les traversées ponctuelles de conteneurs pourraient, pour la première fois, déboucher sur un service régulier saisonnier entre la Chine et l’Europe.
Heiner Kubny, PolarJournal