Les effets du changement climatique dans l’Arctique ne concernent pas seulement la banquise, mais aussi, de plus en plus, les conditions de visibilité. Une étude récente de l’Institut russe de recherche sur l’Arctique et l’Antarctique (AARI) montre que la fréquence des cas de visibilité dangereusement réduite le long des côtes de la mer de Kara a considérablement augmenté depuis les années 1990. Cela représente un défi croissant pour la navigation sur le passage du Nord-Est.
La mer de Kara constitue l’entrée occidentale du passage du Nord-Est, l’une des principales routes maritimes arctiques entre l’Europe et l’Asie. Aujourd’hui, de grands pétroliers de classe Arc7, pouvant atteindre 300 mètres de long, y circulent. Si la visibilité descend en dessous de 200 mètres, il devient considérablement plus difficile de manœuvrer ces navires en toute sécurité. Lorsque la visibilité est inférieure à 50 mètres, les météorologues parlent d’un phénomène météorologique dangereux.
Pour leur étude, les scientifiques ont analysé les données météorologiques des stations côtières de Dikson et du cap Tcheliouskine pour la période allant de 1966 à 2021. Cela leur a permis de comparer la période climatiquement plus froide de 1960 à 1991 à la phase actuelle de réchauffement rapide de l’Arctique.
L’analyse révèle deux pics annuels de visibilité réduite : en hiver, ceux-ci sont principalement dus à des tempêtes de neige, tandis qu’en été, c’est le brouillard qui domine. Ce dernier phénomène est plus fréquent, car la fonte de la banquise dévoile de plus grandes étendues d’eau, ce qui augmente la quantité d’humidité libérée dans l’atmosphère. À la station météorologique du cap Tcheliouskine notamment, le brouillard estival est désormais plus fréquent que les tempêtes de neige hivernales – un signe évident de l’évolution des conditions climatiques.
Selon les chercheurs, la baisse de la visibilité est un facteur du changement climatique dans l’Arctique qui a été sous-estimé jusqu’à présent. Alors que le recul de l’étendue et de l’épaisseur de la banquise fait l’objet d’études approfondies, la formation croissante de brouillard commence seulement aujourd’hui à retenir davantage l’attention. Pour la navigation, cela signifie que les prévisions hydrométéorologiques modernes et une planification précise des itinéraires deviendront à l’avenir encore plus importantes pour garantir la sécurité sur le passage du Nord-Est.
Heiner Kubny, PolarJournal

