Virus et bactéries: une menace issue du pergélisol

par Heiner Kubny
04/30/2026

Pergélisol en train de dégeler en Alaska. (Photo: Brandt Meixell/USGS)

Le changement climatique n’entraîne pas seulement une hausse des températures et la fonte des glaciers, il pourrait aussi libérer un danger encore peu pris en compte: d’anciens agents pathogènes issus du pergélisol. Ces sols gelés, présents notamment en Sibérie, en Alaska et au Canada, conservent depuis des millénaires des virus et des bactéries. Avec le dégel progressif, ces micro-organismes pourraient redevenir actifs et représenter une menace pour les êtres humains et les animaux.

Au cours de l’histoire de l’humanité, des maladies telles que la peste, la grippe espagnole ou la variole ont eu des conséquences dévastatrices. Aujourd’hui, beaucoup de ces maladies sont considérées comme vaincues, voire éradiquées. Les progrès de la médecine, notamment la découverte de la pénicilline en 1928, y ont largement contribué. Néanmoins, la lutte contre les agents pathogènes se poursuit, car les bactéries développent de plus en plus de résistances aux antibiotiques.

Le tunnel de pergélisol du U.S. Army Corps of Engineers près de Fairbanks, en Alaska. (Photo: Tristan Caro)

Le pergélisol constitue un environnement particulier dans lequel les micro-organismes peuvent survivre pendant des périodes extrêmement longues. Le froid, l’obscurité et le manque d’oxygène créent des conditions idéales pour leur conservation. Les recherches montrent que des virus et des bactéries peuvent être réactivés après des siècles, voire des millénaires. Par exemple, des scientifiques ont réussi à réactiver en laboratoire un virus vieux de 30 000 ans.

Un exemple concret de ce danger s’est produit en 2016 en Sibérie. Après une vague de chaleur, le pergélisol a dégélé et a mis au jour la carcasse d’un renne mort de la maladie du charbon. La bactérie s’est de nouveau propagée, infectant de nombreux animaux et provoquant également des maladies chez l’homme, avec un cas mortel. Cet événement montre que de tels scénarios ne relèvent pas seulement de la théorie.

Robyn Barbato du Cold Regions Research and Engineering Laboratory prélève un échantillon dans les parois du tunnel de pergélisol en Alaska. (Photo: Tristan Caro)

Avec la progression du changement climatique, on s’attend à ce que de plus en plus de pergélisol dégèle. Cela pourrait libérer d’autres agents pathogènes encore inconnus ou oubliés depuis longtemps. Certes, tous les micro-organismes ne sont pas dangereux et beaucoup ne survivent que peu de temps hors de la glace. Cependant, les bactéries résistantes en particulier représentent un risque. Le problème pourrait surtout venir des échanges de matériel génétique entre les microbes anciens et modernes, pouvant donner naissance à de nouvelles variantes potentiellement plus dangereuses.

En résumé, le dégel du pergélisol constitue un risque sanitaire potentiel dont l’ampleur reste encore difficile à évaluer. Parallèlement, l’étude de ces micro-organismes anciens offre également des opportunités, notamment dans les domaines médical et biotechnologique. Il sera essentiel de continuer à observer ces processus de près et de prendre des mesures appropriées afin d’identifier et de contenir les risques éventuels à un stade précoce.

Heiner Kubny, PolarJournal