Le Protocole de Madrid: un mécanisme d’organisation spatiale à long terme

par Pamela da Costa
05/26/2026

Le Protocole de Madrid fonctionne comme un dispositif d’organisation spatiale à long terme. Cet accord environnemental protège l’espace antarctique de manière hiérarchique tout en définissant simultanément les conditions de sa gouvernance et de sa gestion. Ce faisant, il révèle une frontière floue entre la conservation de l’environnement et le réagencement géopolitique.

Dans le même temps, cet ordonnancement environnemental ne neutralise pas l’accumulation des capacités étatiques. L’expansion, souvent justifiée par des arguments techniques ou scientifiques, des infrastructures de recherche, logistiques et technologiques demeure largement sans restriction, configurant ainsi une forme d’occupation fonctionnelle de l’espace.

En Antarctique, la territorialisation ne s’exprime pas par une appropriation juridique formelle, mais par la consolidation progressive de capacités qui structurent qui est en mesure d’opérer, avec quelle intensité et avec quel degré d’autonomie, autrement dit, par l’exercice du pouvoir spatial.

Dans le cadre du Système du Traité sur l’Antarctique, la logique qui le soutient est de nature à long terme: il s’agit, en essence, d’une forme de planification intergénérationnelle. Le Protocole relatif à la protection de l’environnement du Traité sur l’Antarctique fonctionne comme un outil qui organise l’espace antarctique en pensant à l’avenir, en établissant des limites et des priorités environnementales qui transcendent les gouvernements en place. Dans ce contexte, l’investissement acquiert une signification stratégique: sans investissement, il n’y a pas de présence durable, et sans présence durable, la capacité d’exercer une influence s’affaiblit.

En observant le contexte géographique du Cône Sud, on pourrait soutenir que les pays les plus proches du continent antarctique disposent d’une capacité naturelle à maintenir une présence soutenue, et il n’est pas difficile d’en déduire que leurs efforts d’investissement peuvent être comparativement moindres en raison de leur condition logistique et géographique.

Cependant, cet équilibre dépend également du contexte global plus large. Si le système international, marqué par des rivalités et des changements dans la distribution du pouvoir, devient plus compétitif, cela pourrait altérer la dynamique coopérative qui caractérise l’Antarctique et mettre sous pression son modèle de gouvernance unique.

Au-delà de tout cela, il est également nécessaire de reconnaître que l’expansion a été une constante tout au long de l’histoire humaine. Les sociétés ont progressé, exploré et occupé de nouveaux espaces dans le cadre de leurs dynamiques de développement et de survie. Dans ce sens, il ne serait pas naïf de considérer que l’Antarctique, dernier bastion, pourrait cesser d’être un espace exceptionnel dans la politique internationale.

Auteur : Pamela da Costa

Depuis 2017, je travaille à l’Institut antarctique uruguayen. Dans ce contexte, j’ai participé à des missions officielles avec la RCTA-CPA, le RAPAL et en Antarctique. Je possède une formation académique en relations internationales, complétée par des études spécialisées en diplomatie scientifique, études polaires, changement climatique, politique étrangère et sécurité internationale, ainsi qu’un stage au Secrétariat du Traité sur l’Antarctique en 2024, qui m’a permis de développer des connaissances techniques spécifiques sur le fonctionnement du système, ses processus de négociation et ses dynamiques de coopération internationale.

Profondément engagée dans les questions antarctiques, je cherche à utiliser ce thème comme tremplin pour l’innovation, en promouvant des actions générant de nouvelles questions de recherche.