Journée des femmes autochtones sur fond d’héritage de l’affaire de la contraception au Groenland

par Yana Kirichenko
09/05/2026

Le 5 septembre 2026 marque la première Journée internationale des femmes et des filles autochtones du monde, tandis que le traitement qui leur a été réservé au Groenland il y a plusieurs décennies continue de faire l’objet d’un travail d’examen et de réparation.
Près de 90 % de la population du Groenland est inuite et se compose de trois grands groupes : les Kalaallit, les Iivit et les Inughuit/Avanersuarmiut. (Image : Kamran.nef / CC BY-SA 4.0)

Le 5 septembre 2026 marque la première célébration de la Journée internationale des femmes et des filles autochtones du monde. L’Assemblée générale des Nations unies a institué cette journée en novembre 2025 afin de reconnaître la contribution des femmes et des filles autochtones et d’attirer davantage l’attention sur les difficultés auxquelles elles restent confrontées.

Au Groenland, cette nouvelle journée internationale intervient alors que le pays continue de se pencher sur les conséquences de l’affaire dite de la contraception. Plusieurs décennies après que des milliers de femmes et de jeunes filles groenlandaises ont été concernées par des pratiques contraceptives qui font depuis l’objet d’enquêtes historiques et juridiques, plusieurs développements importants ont eu lieu la semaine dernière.

Une histoire mise au jour

L’histoire remonte aux années 1960, à une époque où le système de santé groenlandais relevait de la responsabilité du Danemark. Une campagne publique de contraception a été lancée en 1966, entraînant un recours accru aux dispositifs intra-utérins, ou stérilets, ainsi qu’à d’autres moyens contraceptifs.

En 2022, le Danemark et le Groenland ont convenu d’ouvrir une enquête historique indépendante, dont les résultats ont été publiés en septembre 2025. Selon l’enquête, les efforts en faveur de la planification familiale étaient motivés par des inquiétudes concernant les problèmes sociaux associés à un taux de natalité très élevé, aux familles nombreuses et à l’augmentation du nombre de très jeunes mères célibataires. Le système de santé considérait la contraception comme nécessaire pour améliorer le niveau de vie ainsi que les conditions sociales et sanitaires au Groenland.

L’enquête a établi qu’au moins 4 070 femmes avaient reçu un stérilet avant la fin de l’année 1970, soit environ la moitié des femmes nées au Groenland qui étaient alors en âge de procréer. S’appuyant sur des archives historiques et sur les témoignages de 354 femmes concernant des centaines d’interventions contraceptives, elle a documenté des cas caractérisés par une information ou un consentement insuffisants, ainsi que des conséquences physiques et psychologiques.

En août 2025, les gouvernements danois et groenlandais ont présenté leurs excuses pour les périodes durant lesquelles ils avaient respectivement exercé leur responsabilité.

En novembre 2025, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 5 septembre Journée internationale des femmes et des filles autochtones, reconnaissant leurs droits, leurs contributions et leur rôle. (Image : Basil D Soufi / CC BY-SA 3.0)

De nouveaux développements

Depuis, la réponse ne se limite plus aux excuses. Le 27 août 2026, le Parlement danois a adopté une loi instaurant un régime d’indemnisation. Les femmes remplissant les conditions requises et ayant subi une intervention contraceptive sans leur consentement entre 1960 et 1991 pourront recevoir 300 000 couronnes danoises.

Parallèlement à l’enquête historique, le gouvernement groenlandais a nommé un groupe indépendant de quatre experts chargé d’examiner l’affaire sous l’angle des droits humains, notamment afin de déterminer si les violations pouvaient correspondre à la définition juridique du génocide. Le groupe réunissait des spécialistes des droits des peuples autochtones, du droit et de la psychologie culturelle.

Des divergences professionnelles sont apparues au cours des travaux et les experts ont finalement formé deux groupes, qui ont poursuivi leurs recherches séparément. Deux rapports aboutissant à des conclusions différentes ont ainsi été publiés le 28 août 2026.

Selon Reuters, qui a examiné les deux rapports, l’un d’eux a conclu qu’il existait des motifs raisonnables de penser que la contraception imposée avait porté atteinte à plusieurs droits des femmes inuites du Groenland. Concernant la question du génocide, les auteurs ont estimé que l’intention requise ne pouvait être établie sur la seule base des pratiques contraceptives. Ils ont toutefois souligné qu’un tribunal examinant un ensemble plus large d’éléments de preuve pourrait parvenir à une conclusion différente.

Le second rapport a également conclu que des femmes avaient fait l’objet de traitements injustifiés, tout en indiquant que l’ampleur des violations ne pouvait pas être déterminée. Ses auteurs n’ont trouvé aucun élément indiquant que les autorités ou les professionnels de santé avaient eu l’intention de détruire la population groenlandaise et n’ont donc pas considéré que les pratiques contraceptives constituaient un génocide. Une évaluation scientifique externe a par la suite critiqué le rapport, estimant qu’il ne répondait pas aux normes scientifiques reconnues – une appréciation rejetée par les auteurs du rapport.

Le chef du gouvernement groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a proposé la création d’une commission de réconciliation commune avec le Danemark. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a accueilli favorablement cette proposition.

Plus d’un demi-siècle après le début de la campagne de contraception, ses conséquences continuent d’être examinées dans le cadre d’enquêtes historiques et juridiques, de mesures d’indemnisation et d’efforts de réconciliation. Alors que la Journée internationale des femmes et des filles autochtones est célébrée pour la première fois, l’affaire de la contraception reste au cœur d’un débat plus large sur les droits et les expériences des femmes autochtones au Groenland.

Dr. Yana Kirichenko, PolarJournal