Un robot sous-marin autonome devrait, dans les semaines à venir, élucider l’un des plus grands mystères de l’Atlantique Nord : les baleines franches de l’Atlantique Nord, menacées d’extinction, retournent-elles vers leurs anciennes zones d’alimentation situées entre le Groenland et l’Islande ?
Depuis juillet 2026, une équipe de recherche internationale étudie la mer d’Irminger, au sud-est du Groenland. Ses travaux se concentrent sur les « Cape Farewell Grounds », au large du cap Farvel. Cette zone était autrefois un lieu d’alimentation important pour les baleines franches de l’Atlantique Nord – et, parallèlement, un haut lieu de la chasse à la baleine historique. Aujourd’hui, on n’y observe plus ces animaux que très rarement.
Le robot à l’écoute des baleines
Pour mener ces recherches, les scientifiques utilisent un Slocum Glider autonome. Ce robot sous-marin a été mis à l’eau depuis le voilier de recherche SV Barba et se déplace de manière largement autonome dans les eaux situées entre le Groenland et l’Islande.
Il est équipé d’un hydrophone qui enregistre en continu les sons sous-marins. Le Glider peut ainsi capter les cris caractéristiques des baleines franches boréales, des rorquals communs, des baleines à bosse et des baleines bleues. Parallèlement, il mesure notamment la température et la salinité de l’eau. Les données acoustiques sont transmises par satellite et analysées par des spécialistes. Les observations confirmées de baleines peuvent ensuite être suivies via WhaleMap. Le Glider devrait être récupéré au large de l’Islande fin septembre.
Il ne reste plus qu’environ 380 baleines franquettes
La baleine franche de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) compte parmi les grandes baleines les plus rares de la planète. Selon les données de l’université d’Islande, il ne reste plus qu’environ 380 individus, dont seulement une soixantaine de femelles en âge de se reproduire. Des siècles de chasse intensive ont conduit l’espèce au bord de l’extinction. La lenteur de sa reproduction entrave encore aujourd’hui son rétablissement.
De plus, les collisions avec les navires et les prises accidentelles dans les engins de pêche constituent une menace pour ces animaux. Parallèlement, le réchauffement de l’Atlantique Nord modifie leurs zones d’alimentation et leurs routes migratoires. Au cours des 15 dernières années, les rorquals boréaux se sont de plus en plus déplacés vers des régions où il n’existait jusqu’alors pratiquement aucune mesure de protection à leur égard.
C’est précisément pour cette raison que les recherches menées entre le Groenland et l’Islande revêtent une importance particulière. En 2024, une baleine franquette a été confirmée au large de l’Irlande pour la première fois depuis 114 ans. Au large de l’Islande également, des individus isolés ont été recensés au cours des dernières décennies. De telles observations indiquent qu’au moins certaines baleines franquettes continuent de traverser l’Atlantique.
Si le robot sous-marin venait à détecter des baleines franches boréales dans leurs zones d’alimentation historiques au large du Groenland, cela pourrait fournir des indications importantes sur des routes migratoires jusqu’ici peu connues. À l’avenir, ces données pourraient également jouer un rôle dans les décisions concernant les routes maritimes, la pêche et les zones protégées.
Des instituts de recherche d’Islande, du Canada, des États-Unis et de Norvège participent à ce projet, notamment l’Université d’Islande, la NOAA, l’Université Dalhousie, l’Université du Nouveau-Brunswick, l’Université d’État de l’Oregon et la Woods Hole Oceanographic Institution.
Rosamaria Kubny, PolarJournal

