Alors que le changement climatique transforme l’Alaska, une chercheuse appelle l’archéologie à devenir une « alliée politique » des communautés autochtones dans le contexte du débat sur la politique énergétique américaine.
Depuis 1979, l’Arctique s’est réchauffé près de quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. Pourtant, sa transformation rapide ne relève pas uniquement des sciences naturelles. Les défis qui en découlent touchent directement les populations vivant dans le Nord, en particulier les communautés autochtones dont les moyens de subsistance et les cultures sont étroitement liés à leur environnement et à ses ressources. Beaucoup sont également confrontées à des désavantages sociaux et économiques qui peuvent rendre plus difficile l’adaptation aux changements environnementaux.
Cela soulève des questions liées au patrimoine culturel, aux inégalités et à la justice environnementale. Un article de type Perspective récemment publié dans une revue du portefeuille Nature propose l’archéologie comme une composante modeste, mais potentiellement significative, de la réponse. Son auteure, l’archéologue Dr Charlotta Hillerdal, établit un lien entre les effets du changement climatique dans l’Arctique, les savoirs et le patrimoine autochtones, et la politique américaine contemporaine.
Savoirs, patrimoine et résilience
La valeur des savoirs autochtones pour répondre aux changements environnementaux est de plus en plus reconnue dans la recherche. Un nombre croissant de travaux soutient que les connaissances développées au fil des générations dans des environnements particuliers peuvent compléter la science conventionnelle grâce à des expériences et observations locales détaillées. Les chercheurs soulignent également une dimension plus large, comprenant les valeurs culturelles, les relations avec l’environnement et différentes manières de comprendre comment les populations interagissent avec un monde en mutation.
L’article Perspective relie l’archéologie à la fois à ces savoirs et aux défis actuels. Les données archéologiques peuvent offrir une perspective à long terme sur la manière dont les générations précédentes ont réagi aux changements environnementaux. Les liens avec le passé peuvent également renforcer les valeurs traditionnelles, les pratiques culturelles et les relations entre les générations. Selon l’auteure, ces éléments peuvent contribuer à la résilience sociale en favorisant la continuité culturelle et en offrant aux communautés une source supplémentaire de force face à de nouvelles pressions environnementales.
Au-delà de la préservation du passé
L’argumentation devient nettement plus politique lorsqu’elle aborde la politique américaine actuelle. L’article Perspective évoque la volonté du président Donald Trump d’accroître l’extraction de combustibles fossiles en Alaska et de revenir sur certaines protections environnementales, estimant que cette orientation est particulièrement préoccupante à une époque où l’Arctique se réchauffe rapidement. Selon l’interprétation de l’auteure, de telles évolutions contribuent davantage à une crise climatique qui touche déjà de manière disproportionnée les communautés autochtones d’Alaska, renforçant ainsi les inégalités existantes.
Cela conduit à un argument plus affirmé concernant le rôle même de l’archéologie. Plutôt que de limiter l’archéologie à la découverte et à la préservation des traces matérielles du passé, l’archéologie communautaire est présentée par l’auteure comme une forme de « résistance narrative » susceptible de renforcer la continuité autochtone et de donner davantage de poids aux voix locales. Hillerdal appelle les archéologues à « se joindre à l’appel à l’action » face au changement climatique, à placer leur discipline aux côtés des groupes marginalisés et à devenir des « alliés politiques » dans la recherche de la justice environnementale.
Polar Journal AG Team

