Le pergélisol des régions arides comme source de méthane

par Heiner Kubny
02/08/2026

Le lac Abraham, dans la province canadienne de l’Alberta, est célèbre en hiver pour ses bulles de méthane laiteuses piégées dans la glace. (Photo: iStock)

Le pergélisol — un sol gelé en permanence dans les régions les plus froides de la Terre — stocke depuis des millénaires de grandes quantités de carbone organique provenant de plantes et d’animaux morts. Avec l’avancée du changement climatique, ce sol dégèle toutefois de plus en plus. Le carbone lié est alors libéré et transformé par des micro-organismes en méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant.

En hiver, le méthane est retenu par la surface gelée de la glace. C’est ainsi que se forment les bulles caractéristiques. (Photo: Pexels)

Une nouvelle étude financée par la National Science Foundation américaine montre désormais que des couches non gelées jusqu’ici peu prises en compte au sein du pergélisol des régions arides — appelées taliks — produisent une quantité de méthane étonnamment élevée. Cette découverte soulève de nouvelles questions sur le rôle du pergélisol dans le système climatique mondial et suscite des inquiétudes quant au fait que des émissions supplémentaires de méthane pourraient accélérer davantage le changement climatique dans l’environnement arctique sensible.

La chercheuse Katey Walter Anthony et son équipe de l’Université d’Alaska Fairbanks ont étudié les émissions de méthane provenant de taliks dans les hauts plateaux de la Yedoma. La Yedoma est un type de pergélisol datant de l’ère glaciaire, connu pour ses découvertes de mammouths remarquablement bien conservées, et qui s’étend du nord-est de la Sibérie à l’Alaska et jusqu’au Canada. Les mesures ont montré que les taliks secs des hauts plateaux présentent des émissions de méthane étonnamment élevées — presque trois fois supérieures à celles des zones humides septentrionales.

Coupe verticale de la zone de transition entre pergélisol continu et discontinu, montrant les trois types de taliks. (Graphique: Wikipédia)

Particulièrement surprenant: contrairement aux régions de pergélisol étudiées jusqu’à présent, ces taliks de haute altitude libèrent nettement plus de méthane en hiver qu’en été. Dans un contexte où l’Arctique se réchauffe presque quatre fois plus vite que la moyenne mondiale, cette source supplémentaire de méthane pourrait déclencher un cercle vicieux auto-renforçant d’augmentation des températures et de dégel accru du pergélisol.

Les résultats soulignent l’urgence d’intégrer davantage les régions de pergélisol — en particulier les zones sèches de haute altitude — dans les modèles climatiques afin de mieux évaluer l’évolution future du système climatique mondial.

Heiner Kubny, PolarJournal