Alors que la plupart des oiseaux marins de l’océan Austral nichent pendant les mois d’été, le pétrel gris (Procellaria cinerea) suit un cycle inhabituel : il élève ses petits en plein cœur de l’hiver subantarctique. Neige, grésil et vents violents font partie du quotidien sur l’île Macquarie – des conditions auxquelles cette espèce robuste d’oiseau marin s’est parfaitement adaptée. Parallèlement, elle joue un rôle écologique important en transportant vers la terre ferme les nutriments provenant de l’océan Austral, enrichissant ainsi les écosystèmes insulaires.
Les archives historiques montrent que les pétrels gris nichaient encore sur l’île Macquarie en 1911, mais qu’ils en ont ensuite complètement disparu. Ce n’est qu’en 1999 que la présence d’oiseaux nicheurs a de nouveau été constatée – peu après que des chats domestiques échappés aient été éliminés avec succès par le Tasmania Parks and Wildlife Service. La colonisation de l’île s’est poursuivie grâce à l’éradication consécutive des lapins, des rats et des souris. Outre la disparition des rats, prédateurs de nids, la disparition des lapins a également permis la régénération des peuplements denses de tussock, qui offrent aux oiseaux des sites de nidification idéaux.
Les pétrels gris pondent un seul œuf en mars ou en avril. Les poussins éclosent en mai ou en juin et passent ensuite plus de 100 jours dans leurs terriers souterrains avant de prendre leur envol au printemps.
Pour la première fois depuis 2018, une équipe de l’Australian Antarctic Division (AAD) procède à nouveau à une étude systématique des colonies de reproduction. La biologiste de la faune sauvage Dr Sarah-Lena Reinhold, la garde-chasse Karina Sorrell et la garde forestière Gemma Rushton recherchent des cavités de nidification à l’aide d’endoscopes spéciaux et recensent les œufs, les poussins et les oiseaux adultes. Le travail est pénible : les chercheuses doivent souvent ramper pendant des heures à travers une végétation dense de touffes d’herbe et un terrain boueux pour repérer les nids cachés.
Malgré ce retour réjouissant sur l’île Macquarie, le pétrel gris reste menacé à l’échelle mondiale. Parmi les principales menaces figurent les prises accessoires dans la pêche commerciale à la palangre, les effets du changement climatique sur la disponibilité de la nourriture dans l’océan Austral, ainsi que la pollution marine croissante due au plastique.
Le recensement actuel se poursuivra pendant plusieurs années afin d’établir, pour la première fois depuis longtemps, une estimation actualisée de la population pour l’ensemble de l’île. Les données recueillies permettront de suivre l’évolution des effectifs et d’améliorer encore les mesures de protection de cette espèce menacée. Ce suivi s’inscrit dans le cadre du programme interinstitutionnel de surveillance de la faune de l’île Macquarie et fournit également des informations importantes pour l’Accord sur la conservation des albatros et des pétrels (ACAP). Le retour des pétrels gris illustre de manière impressionnante à quel point des mesures de conservation cohérentes peuvent permettre la recolonisation de zones de reproduction autrefois perdues.
Rosamaria Kubny, Polarjournal

