Trois mesures récentes pourraient atténuer les spéculations selon lesquelles les États-Unis modifieraient de manière significative leur approche de l’Antarctique. Premièrement, le Département d’État des États-Unis a publié un communiqué de presse réaffirmant son engagement envers le Système du Traité sur l’Antarctique. Deuxièmement, le Département a utilisé la possibilité prévue à l’article VII du Traité sur l’Antarctique afin de mener une inspection inopinée. Cette démarche visait à examiner des questions liées à d’éventuelles incidences sur les intérêts de sécurité nationale des États-Unis en Antarctique. Troisièmement, le Congrès des États-Unis a adopté une loi prévoyant une augmentation du financement de la recherche et des opérations en Antarctique.
Les déclarations et mesures distinctes du Département d’État et du Congrès indiquent qu’aucun changement fondamental à court terme de la politique américaine à l’égard de l’Antarctique n’est actuellement envisagé. Cette orientation est conforme à la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis publiée en novembre, qui souligne la nécessité de hiérarchiser l’utilisation du temps et des ressources financières afin de faire progresser les intérêts nationaux, tout en permettant de concentrer les priorités de sécurité ailleurs.
Le 22 janvier, le Département d’État des États-Unis a publié un communiqué concernant la politique américaine en Antarctique. Celui-ci indique que les États-Unis continuent de préserver leurs intérêts de sécurité nationale et de maintenir leur participation au Système du Traité sur l’Antarctique. Il est également rappelé que le continent, conformément au Traité sur l’Antarctique de 1959, est réservé exclusivement à des fins pacifiques. L’inspection est présentée comme un élément de l’engagement en faveur du respect des dispositions du système du traité, notamment celles relatives aux activités militaires interdites, à l’exploitation minière, ainsi qu’aux normes de sécurité des stations et à la recherche scientifique.
Le communiqué annonce en outre l’achèvement d’une inspection inopinée menée par des responsables américains dans des stations australiennes, chinoises, indiennes et russes situées dans la région des Larsemann Hills. Il s’agissait de la première inspection de ce type effectuée par les États-Unis depuis celles menées dans la Mer de Ross en 2020. Cette inspection constitue la seizième réalisée par les États-Unis en Antarctique dans le cadre du Système du Traité sur l’Antarctique.
Le 23 janvier, le président Trump a signé la loi de finances pour l’exercice 2026, qui encadre le financement des activités scientifiques et logistiques en Antarctique par l’intermédiaire de la Fondation nationale pour la science (NSF). Le Congrès a alloué 700 millions de dollars aux opérations et à la recherche polaires, dont au moins 118 millions de dollars destinés au soutien logistique des programmes antarctiques américains. Ce montant est supérieur à la demande initiale de 500 millions de dollars formulée par l’administration et dépasse également les fonds accordés à la NSF pour l’exercice 2024. Comme il est d’usage, la loi ne précise pas en détail l’affectation des fonds par la NSF.
Pris ensemble, ces éléments indiquent que le Système du Traité sur l’Antarctique continue d’être considéré comme un cadre pertinent pour l’engagement des États-Unis dans la région. Les mesures ont été prises sans débat public d’ampleur. Les États-Unis ne revendiquent aucune souveraineté en Antarctique et sont interdits, par le droit international et le droit interne américain, d’exploiter des ressources énergétiques ou minérales critiques au sud du 60e parallèle sud. Les développements récents suggèrent que le rôle des États-Unis en Antarctique demeure centré sur l’utilisation pacifique et l’activité scientifique.
William Muntean
William Muntean est « senior associate » non résident au « Center for Strategic and International Studies » et écrit, commente et donne régulièrement des conférences sur la géopolitique de l’Antarctique. Il a été diplomate de carrière au Département d’État des États-Unis pendant plus de vingt ans, avant d’occuper le poste de conseiller principal pour l’Antarctique de 2018 à 2023. Les opinions et caractérisations exprimées dans ce texte sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du gouvernement des États-Unis.
Veuillez noter que le texte original a été rédigé en anglais et que la présente version n’est qu’une traduction.

