Des vagues géantes invisibles sous la glace

par Heiner Kubny
02/05/2026

Le planeur sous-marin robotisé de 1,5 mètre de long est utilisé pour mesurer la salinité, la température et la concentration en chlorophylle de l’eau de mer. (Photo: BAS)

Lorsque d’énormes icebergs se détachent des fronts glaciaires en Antarctique, ils ne génèrent pas seulement des vagues visibles à la surface. Sous l’eau, des tsunamis de plusieurs mètres de hauteur peuvent se former, des processus jusqu’ici très peu étudiés, qui modifient en profondeur l’océan. Une équipe internationale de recherche, dirigée par le British Antarctic Survey (BAS), cherche désormais à comprendre comment ces tsunamis sous-marins se forment et quel rôle ils jouent pour le climat et les écosystèmes.

Lors du phénomène appelé vêlage, de grandes masses de glace s’effondrent dans la mer et libèrent d’énormes quantités d’énergie. Les vagues sous-marines ainsi générées entraînent un brassage intense des différentes couches d’eau. La chaleur, l’oxygène et les nutriments sont échangés entre les profondeurs, un mécanisme crucial pour la vie océanique et la régulation du climat dans l’océan Austral. De nouveaux calculs suggèrent que, dans les régions polaires, cet effet peut localement être aussi important que le brassage dû au vent et, par endroits, même plus puissant que l’action des marées.

Vue du glacier Sheldon. (Photo: BAS)

Le phénomène a été découvert par hasard lors d’une expédition en Antarctique à bord de l’ancien navire de recherche du BAS, le RRS James Clark Ross. Depuis, des scientifiques mènent des études ciblées sur la formation et la propagation des tsunamis sous-marins à la station de recherche de Rothera, sur la péninsule Antarctique, ainsi qu’à bord du navire britannique de recherche polaire RRS Sir David Attenborough.

Les chercheurs utilisent des satellites, des drones, des caméras télécommandées et des véhicules sous-marins autonomes. Les mesures sont complétées par des analyses de données modernes et des modèles informatiques permettant d’estimer les effets des tsunamis sur la température de la mer, la répartition des nutriments et la productivité marine.

La Sheldon Cove est une baie de 3 km de large et de 3,5 km de long située sur la côte sud-est de l’île Adelaide, en Antarctique occidental. (Photo: Mike Meredith/BAS)

Les résultats pourraient avoir une portée bien au-delà de l’Antarctique. Un brassage accru de l’océan Austral pourrait faire remonter des eaux profondes plus chaudes vers la surface et ainsi accélérer la fonte de la calotte glaciaire antarctique, avec des conséquences sur le niveau mondial de la mer. Parallèlement, des modifications de l’équilibre des nutriments pourraient affecter la base des chaînes alimentaires marines. L’objectif du projet est de mieux comprendre ces processus jusqu’ici cachés et d’améliorer les prévisions des futurs modèles climatiques.

Heiner Kubny, PolarJournal