La science portée par le vent : une traversée de l’Antarctique en kite-ski

par Léa Zinsli
03/06/2026

La glaciologue Dr. Heïdi Sevestre et l'explorateur Matthieu Tordeur ont traversé l'Antarctique à kite-ski, parcourant près de 4 000 kilomètres tout en collectant des données géophysiques à l'aide de radars à pénétration de sol. Leur expédition, Under Antarctica, est le premier transect radar jamais réalisé à kite-ski, démontrant qu'un travail de terrain à faible impact est possible dans l'un des environnements les plus extrêmes de la planète.
Expédition de kite-ski en Antarctique (Photo : Heïdi Sevestre)

La glaciologue Dr Heïdi Sevestre et l’explorateur Matthieu Tordeur ont passé l’été Austral 2025/2026 à traverser le continent en kite-ski, parcourant près de 4 000 kilomètres en tirant deux radars à pénétration de sol sur la glace afin de collecter des données sur l’accumulation de neige, les couches internes de la glace et les structures enfouies en profondeur sous la surface. Cette expédition est connue sous le nom d’Under Antarctica Expedition.

Une empreinte carbone réduite

À une époque où le changement climatique constitue une menace mondiale qui remodèle rapidement les régions polaires, les progrès dans le travail de terrain sont essentiels pour comprendre les processus physiques et affiner les projections futures. Or, la recherche en Antarctique repose généralement sur des avions et des tracteurs tout-terrain, efficaces mais lourds sur le plan logistique et fortement émetteurs de carbone. Sevestre et Tordeur ont voulu vérifier s’il était possible de collecter des données géophysiques sérieuses sans recourir à cette infrastructure. En utilisant le vent pour se déplacer et transporter leur équipement, ils ont réalisé le premier transect radar jamais effectué à kite-ski, dans des conditions où les températures dépassaient rarement -30°C et descendaient en dessous de -50°C avec le facteur vent.

La progression, comme pour toutes les expéditions en kite, était soumise aux caprices de la météo. Une bonne journée permettait de couvrir des dizaines de kilomètres, tandis qu’une journée sans vent obligeait à rester au camp, exigeant endurance physique et patience.

Le Pôle d’inaccessibilité lors de l’expédition Under Antarctica (Photo : Heïdi Sevestre)

Le Pôle d’inaccessibilité

Après 42 jours et près de 1 800 kilomètres parcourus, le duo a atteint le Pôle Sud de l’inaccessibilité, le point du continent antarctique le plus éloigné de tout littoral, à environ 1 400 kilomètres du rivage le plus proche. C’est l’un des endroits les moins visités de la planète. Ils sont devenus la cinquième expédition à l’atteindre à kite-ski, la première équipe française à y parvenir, et Heïdi Sevestre est, selon les connaissances actuelles, la première femme à rejoindre ce point par ce moyen.

Ils ont atteint le Pôle Sud géographique au 61e jour, après avoir parcouru 2 700 kilomètres en totale autonomie. Après deux mois de repas lyophilisés, un repas chaud et deux jours et demi à la station de recherche du Pôle Sud leur sont apparus comme un luxe avant la dernière étape.

Collecte de données pendant l’expédition Under Antarctica (Photo : Heïdi Sevestre)

La suite

Les radars ont enregistré un profil continu de la glace tout au long de la traversée, capturant au passage des lacs et des rivières sous-glaciaires. L’analyse et la publication de ces données prendront des années. Mais l’expédition a déjà démontré un point essentiel: qu’un travail de terrain à faible impact en Antarctique est possible, et que les personnes qui le mènent évoluent elles aussi.

Pour Sevestre, aussi connue pour sa communication scientifique sur le climat que pour ses recherches, la traversée était à la fois une contribution scientifique et une preuve de faisabilité. Il s’avère donc que l’un et l’autre ne sont pas incompatibles.

Léa Zinsli, PolarJournal