Le réchauffement de la mer de Barents menace les stocks de poissons

par Heiner Kubny
03/28/2026

Les harengs atlantiques déposent leurs œufs collants au fond de la mer ou sur des plantes. Une femelle peut produire entre 20 000 et 100 000 œufs, qui adhèrent aux pierres, au sable, aux algues ou aux herbiers marins. (Photo: Pixabay)

Une hausse marquée des températures dans la mer de Barents met en danger les zones de frai ainsi que la base alimentaire d’importantes espèces de poissons. C’est la conclusion d’un nouveau rapport sur les ressources publié par l’Institut norvégien de recherche marine, présenté début février 2026 lors de la conférence Arctic Frontiers à Tromsø.

Selon ce rapport, les températures de surface dans les eaux norvégiennes ont été ces dernières années entre 0,5 et 2,5 degrés au-dessus de la moyenne précédente. Les zones les plus touchées sont les parties nord et est de la mer de Barents, ainsi que les eaux situées à l’ouest et au nord du Spitzberg.

Le directeur de l’Institut de recherche marine, Nils Gunnar Kvamstø, a souligné lors de la présentation l’importance croissante de données fiables sur les stocks de poissons. Dans un contexte de tensions géopolitiques, la sécurité de l’approvisionnement alimentaire devient de plus en plus cruciale. Parallèlement, le changement climatique et les évolutions politiques compliquent la gestion durable des ressources marines.

L’illustration montre les anomalies de température de surface de la mer. Des températures particulièrement élevées ont été mesurées dans la partie orientale de la mer de Barents ainsi qu’à l’ouest et au nord du Spitzberg. (Illustration: Havforskningsinstituttet)

Les graphiques présentés par le chercheur en sciences marines Geir Huse montrent des changements de température significatifs au cours des trois dernières décennies. Alors que les couches supérieures de l’eau se sont fortement réchauffées, les températures dans les couches profondes restent relativement stables.

Parallèlement, les scientifiques constatent un net déclin des stocks de poissons. Les poissons pélagiques, qui vivent en pleine eau, perdent particulièrement en biomasse. Les chercheurs attribuent cette évolution à la combinaison de la hausse des températures et du recul du plancton, principale source de nourriture pour de nombreuses espèces.

Le président de l’Association des pêcheurs d’Ostfinnmark, Arne Pedersen, qualifie cette évolution d’alarmante. L’espèce de plancton Calanus, une source alimentaire essentielle dans l’écosystème arctique, a fortement diminué. «Même les baleines dépendent de ce plancton», explique Pedersen. Pour de nombreuses espèces de poissons qui fraient dans les fjords, Calanus est crucial pour la survie des jeunes poissons.

Selon l’Institut, même des stocks économiquement importants comme la morue arctique sont désormais sous pression. La population atteint un niveau critique, notamment parce que trop peu de jeunes poissons se développent. Par ailleurs, ces dernières années, les captures de morue ont parfois dépassé les recommandations.

En décembre 2025, la Norvège et la Russie se sont donc accordées sur le quota de morue le plus bas depuis 1991.

Les premiers stades de vie de la morue arctique se trouvent principalement près de la surface, aussi bien dans des eaux couvertes de glace que dans des eaux libres. Les adultes, en revanche, vivent généralement dans des couches d’eau plus profondes. (Photo: iStock)

Dans l’ensemble, les stocks de poissons dans les eaux autour de la Norvège ont diminué de moitié depuis 2013, selon l’Institut. À cette époque, la biomasse totale était estimée à environ 35 millions de tonnes. Aujourd’hui, elle a atteint son niveau le plus bas depuis l’an 2000.

Pedersen appelle donc à des mesures de protection nettement plus strictes pour les zones de frai. «Dans certains fjords, les poissons ne peuvent plus se reproduire suffisamment», explique-t-il. «Si nous voulons qu’il y ait encore du poisson à l’avenir, ces zones doivent pouvoir se régénérer.»

Heiner Kubny, PolarJournal