Le permafrost est un sol qui reste gelé pendant au moins deux ans, avec une fine couche active à la surface qui dégèle pendant l’été. Certaines couches de permafrost ont plusieurs centaines de milliers d’années, constituant une véritable archive naturelle du climat passé, de la vie microbienne et des processus biogéochimiques.
(Williams et al. 2025, Trends in Microbiology)
Les scientifiques forent souvent des carottes de permafrost pour étudier ces couches anciennes et les organismes qu’elles contiennent. À l’intérieur du permafrost se trouvent des poches inhabituelles d’eau non gelée, très salée, appelées cryopegs. Ces solutions salines se forment lorsque le gel du sol environnant expulse les sels et autres substances dissoutes. Ces sels s’accumulent dans l’eau emprisonnée, créant des habitats liquides très salés. Les cryopegs typiques sont deux à trois fois plus salés que l’eau de mer, avec une concentration en sel de 70 à 120 grammes par litre. Cette forte salinité permet à l’eau de rester liquide même en dessous du point de congélation normal, jusqu’à environ −10 °C ou moins.
Malgré le froid extrême et la haute salinité, les cryopegs sont loin d’être stériles. Des microorganismes appelés extrêmophiles y survivent et réalisent des processus métaboliques dans des conditions qui tueraient la plupart des autres formes de vie. Ces habitats extrêmes montrent jusqu’où la vie peut prospérer dans des conditions extrêmes et ressemblent aux conditions que l’on pourrait trouver sur des lunes couvertes de glace. Ils constituent des modèles fascinants pour l’astrobiologie.
Les cryopegs ont également des implications pour le changement climatique. Lorsque le permafrost fond, l’activité microbienne libère des gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone et le méthane, ce qui accélère le réchauffement climatique. Étudier la survie des microbes dans les cryopegs aide les scientifiques à prédire comment ces écosystèmes gelés réagiront à la hausse des températures.
Ces poches liquides révèlent la remarquable résilience de la vie et offrent un aperçu des écosystèmes cachés de la Terre ainsi que du potentiel de vie au-delà de notre planète.
Léa Zinsli, PolarJournal

