De nouvelles recherches menées dans la mer d’Amundsen modifient la compréhension des scientifiques sur la manière dont les nutriments essentiels atteignent l’un des écosystèmes marins les plus importants de la planète.
Les scientifiques pensaient depuis longtemps que la fonte des plates-formes de glace antarctiques libérait du fer piégé dans la glace, fertilisant les eaux de surface et favorisant la croissance du phytoplancton. Une étude récente consacrée à la plateforme de glace de Dotson montre toutefois que l’eau de fonte apporte beaucoup moins de fer dissous que prévu.
(Figure : Chinni et al. 2026, Communications Earth and Environment)
La majeure partie de ce nutriment essentiel provient en réalité des eaux profondes et des sédiments marins. L’équipe a comparé les eaux entrant dans la cavité sous la glace et celles qui en sortent, en utilisant les isotopes du fer pour en retracer l’origine.
Le fer limite la productivité biologique dans une grande partie de l’océan Austral, où le phytoplancton constitue la base de la chaîne alimentaire et contribue à absorber le dioxyde de carbone atmosphérique. Pendant des années, on pensait que l’augmentation de la fonte des glaces fertiliserait directement ces eaux de surface.
Les nouveaux résultats remettent en cause cette idée. L’eau de fonte ne représente qu’environ 10 % du fer dissous dans les eaux qui s’écoulent hors de la cavité. Environ 62 % proviennent des eaux profondes circumpolaires relativement chaudes, et 28 % supplémentaires des sédiments lors du passage sur le plateau continental.
Plutôt que d’être une source majeure, la fonte des glaces joue un rôle indirect. L’eau douce augmente la flottabilité et permet aux eaux profondes riches en fer de remonter vers la surface, dans un processus appelé « pompe de fonte ».
L’étude met également en évidence une source cachée sous la calotte glaciaire. Des indices chimiques suggèrent que les systèmes subglaciaires constituent une source importante de fer, libéré dans des environnements pauvres en oxygène sous la glace continentale. Les chercheurs soulignent que l’eau de fonte elle-même contient peu de fer et que l’essentiel de sa contribution est lié à ces processus subglaciaires.
Alors que le changement climatique accélère la perte de glace en Antarctique occidental, ces résultats suggèrent que la productivité future de l’océan dépendra moins de l’eau de fonte elle-même que de son influence sur la circulation océanique et le transport des nutriments depuis les profondeurs. Ces conclusions pourraient conduire à revoir les modèles climatiques et écosystémiques, qui surestiment souvent le rôle direct de l’eau de fonte comme source de fer.
Léa Zinsli, PolarJournal

