La Russie prévoit de renflouer des sous-marins engloutis

par Heiner Kubny
01/16/2026

Dans la nuit du 29 au 30 août 2003, le sous-marin K-159 de la Flotte du Nord a coulé à une profondeur de 238 mètres au nord-ouest de l’île de Kildine, alors qu’il était remorqué vers son site de démantèlement, peu avant d’atteindre sa destination. (Photo: Bellona)

Le gouvernement russe a inscrit des fonds destinés au renflouement des sous-marins nucléaires soviétiques engloutis K-27 et K-159 dans le projet de budget fédéral pour les années 2026 à 2028. C’est ce qu’indique le groupe nucléaire public Rosatom. Les travaux préparatoires devraient débuter en 2026, tandis que le renflouement proprement dit est prévu à partir de 2027.

Selon le service de presse de Rosatom, le projet de budget prévoit à partir de 2027 des moyens financiers pour «l’assainissement des mers arctiques des installations englouties et immergées présentant un danger radiologique». Des mesures préparatoires initiales devraient déjà être lancées en 2026. Rosatom n’a pas communiqué le montant exact des fonds prévus. Le ministère des Finances a refusé de commenter et a indiqué que cette partie du budget ne serait pas rendue publique.

1: 2 réacteurs sans combustible nucléaire usé; 2: 2 réacteurs sans combustible nucléaire usé et 60 % du combustible nucléaire du brise-glace Lénine en conteneurs; 3: 6 réacteurs avec uranium, 10 sans combustible nucléaire, 11 000 conteneurs de déchets radioactifs; 4: sous-marin K-27 avec deux réacteurs; 5: 3 réacteurs avec combustible nucléaire et 3 sans combustible nucléaire (graphique: Heiner Kubny)

Selon la note explicative accompagnant le projet de budget, le programme public « Développement du complexe industriel nucléaire » devrait être doté d’un total de 283,4 milliards de roubles (2,9 milliards d’euros) sur une période de trois ans. Dans ce cadre, un ensemble de mesures est prévu pour la gestion sûre des déchets radioactifs ainsi que pour la préservation et l’élimination des passifs nucléaires. À cet effet, 10,5 milliards de roubles sont prévus en 2026, 10,7 milliards en 2027 et 10,6 milliards en 2028.

Héritage du passé soviétique

Les sous-marins K-27 et K-159 font partie des sept sous-marins nucléaires soviétiques et russes qui ont coulé à différentes époques dans les océans du monde. À l’échelle mondiale, neuf sous-marins nucléaires sont considérés comme engloutis, dont deux américains.

Le K-27 était l’unique sous-marin du projet 645 construit avec un réacteur utilisant un métal liquide comme fluide de refroidissement, un alliage plomb-bismuth. Mis en service en 1963, il était considéré à l’époque comme technologiquement avancé. Après un grave accident de réacteur en 1968, au cours duquel tous les membres d’équipage furent exposés aux radiations et neuf marins trouvèrent la mort, le sous-marin fut retiré du service. Faute de solutions de démantèlement appropriées, le K-27 fut immergé en 1981 dans la mer de Kara, près de la Nouvelle-Zemble, à une profondeur d’environ 75 mètres.

Le K-159, représentant de la première série de sous-marins nucléaires soviétiques équipés de réacteurs à eau pressurisée, était également en service depuis 1963. Après sa mise hors service, il a coulé en 2003 lors de son remorquage vers le chantier de démolition, près de l’île de Kildine en mer de Barents.

Le K-27 était un sous-marin nucléaire de la marine soviétique. Il s’agissait d’un bâtiment expérimental équipé de deux réacteurs refroidis par métal liquide au lieu des réacteurs à eau pressurisée classiques. Il a subi une avarie de réacteur en 1968 et est devenu connu du grand public à la suite de son immersion en 1982 et des risques environnementaux qui en ont découlé. (Photo: Bellona)

Une urgence croissante

Depuis des années, des experts et des représentants des autorités soulignent la nécessité de renflouer les deux épaves. L’un des principaux risques réside dans la corrosion progressive des coques, qui affaiblit encore davantage la stabilité structurelle des sous-marins. Les spécialistes avertissent qu’un renflouement ultérieur pourrait devenir techniquement de plus en plus complexe et risqué. Rosatom avait déjà estimé en 2021 le coût du renflouement à environ 24,4 milliards de roubles.

Avec l’inscription des fonds correspondants dans le projet de budget, le renflouement longtemps débattu s’inscrit désormais pour la première fois dans un cadre temporel concret. Il reste toutefois à voir si les mesures prévues seront effectivement mises en œuvre comme annoncé, car elles dépendront aussi de détails techniques et financiers qui n’ont pas encore été rendus publics.

Heiner Kubny, PolarJournal