De l’espoir dans la glace – Une rare adoption d’un ourson polaire près de Churchill surprend les chercheurs

par Marcel Schütz
12/22/2025

Famille d’ours polaires, Churchill, baie d’Hudson – © Bob Smith

Churchill, Canada

Au cœur de l’immensité austère de la toundra, des scientifiques ont été témoins d’un moment qui a fait s’arrêter même les chercheurs les plus expérimentés spécialisés dans les ours polaires. Près de la petite ville de Churchill, dans le nord-est du Manitoba, une mère ours polaire a été observée avec deux oursons – mais un seul était le sien.

Le second avait été adopté. Un événement extrêmement rare.

Selon les chercheurs, il ne s’agit que du 13ᵉ cas documenté d’adoption d’un ourson au sein de la population de la baie d’Hudson occidentale. Cette scène familiale exceptionnelle a été découverte lors d’une observation scientifique menée par des équipes de Polar Bears International et d’Environnement et Changement climatique Canada.

«Lorsque nous avons eu la confirmation, j’ai été profondément émue», raconte Alysa McCall de Polar Bears International. «Mais surtout, il y avait de l’espoir. Cela montre à quel point le comportement maternel de ces animaux est fort – et pourquoi les ours polaires continuent de nous fasciner.»

D’un duo à un trio

Au printemps, les chercheurs avaient déjà observé la mère quittant sa zone de mise bas dans le parc national de Wapusk – à l’époque avec un seul ourson. Des mois plus tard, à l’automne, la surprise est arrivée: la famille s’était agrandie.

Deux des animaux portaient des colliers GPS, mais pas le second ourson. Pour les scientifiques, c’était un signe clair: ce petit ne pouvait pas être le sien. Les données ne laissaient aucun doute – il s’agissait bien d’une adoption.

«En plus de 45 ans de recherche, nous connaissons plus de 4 600 ours polaires individuels et des centaines de portées», explique le chercheur Evan Richardson d’Environnement et Changement climatique Canada. «Et malgré cela, des cas comme celui-ci restent extrêmement rares.»

Pourquoi une mère ours polaire adopte

La mère est estimée à environ cinq ans, et les deux oursons ont entre dix et onze mois. La raison pour laquelle elle a recueilli un ourson étranger, apparemment orphelin, reste incertaine. Evan Richardson suppose un réflexe instinctif: «Les ours polaires sont des mères exceptionnellement attentionnées. Nous pensons qu’elle n’a tout simplement pas pu abandonner un ourson qui appelait.»

Pour l’ourson adopté, cette décision a probablement été salvatrice. Sans mère, les oursons polaires ont très peu de chances de survivre. En général, seule environ la moitié d’entre eux atteint l’âge adulte – mais seul dans la toundra, ses chances auraient été quasiment nulles.

Une rare lueur d’espoir et un petit miracle de Noël

Ce qu’il est advenu de la mère biologique de l’ourson reste inconnu. Des analyses génétiques devraient maintenant apporter des indices. Une chose est sûre cependant: à l’heure du changement climatique, de la fonte de la banquise et des défis croissants pour l’espèce, cette adoption est bien plus qu’une curiosité biologique.

«Les ours ont besoin de toute l’aide possible», souligne Richardson. «Si une femelle peut accueillir un ourson supplémentaire et l’élever avec succès, c’est un gain pour l’ensemble de la population.»

Un petit geste de sollicitude – et un grand signe d’espoir. Dans la nature glaciale autour de Churchill, cette rencontre rare rappelle que même dans les conditions les plus difficiles, compassion et survie peuvent parfois aller de pair.

Marcel Schütz, PolarJournal