Trade Secret : la première arctique éclaire le commerce des peaux d’ours polaires

par Lisa Scherk
03/02/2026

Première arctique de Trade Secret à Longyearbyen

Vendredi dernier, à l’occasion de la Journée internationale de l’ours polaire, Trade Secret a célébré sa première arctique à Longyearbyen, au Spitzberg. Deux projections ont attiré plus de 400 spectateurs, soit près de 20 % de la population adulte de la ville la plus septentrionale du monde, illustrant à quel point la communauté est liée au destin des ours polaires. Le film a déjà été présenté à l’international, mais c’était la première fois qu’il était projeté directement en Arctique.

Fruit de six années d’enquête approfondie, Trade Secret pose une question centrale : comment une espèce largement considérée comme menacée peut-elle continuer à faire l’objet d’un commerce international légal ? Le documentaire examine le cadre réglementaire du commerce des peaux d’ours polaire, en particulier les débats au sein de la CITES, la Convention internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, où les tentatives répétées d’interdire le commerce commercial ont échoué.

Contrairement à l’idée largement répandue selon laquelle les ours polaires seraient totalement protégés, ce n’est pas le cas. Selon la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’ours polaire est classé comme « vulnérable », avec une population mondiale estimée entre 22 000 et 31 000 individus. Ces chiffres masquent toutefois d’importantes différences régionales, et l’espèce reste exposée à des menaces telles que la perte d’habitat, le changement climatique et le commerce commercial persistant.

Chaque année, entre 500 et 700 ours polaires, soit environ 2 à 3 % de la population mondiale, sont légalement chassés, principalement au Canada, au Groenland et en Russie, dans le cadre de quotas nationaux et d’accords internationaux. Un défi particulier réside dans le fait que la chasse aux trophées cible souvent les plus grands et les plus forts individus, ce qui peut déséquilibrer la structure des populations et affecter la santé à long terme de l’espèce.

Un élément central du débat concerne le classement des ours polaires au titre de la CITES. Ils figurent actuellement à l’Annexe II, qui autorise mais réglemente le commerce international. L’Annexe I offre le niveau de protection le plus élevé : elle interdit tout commerce commercial, n’autorise que des mouvements très limités à des fins scientifiques ou de conservation, et permet aux communautés autochtones de poursuivre la chasse de subsistance traditionnelle.

Jeune ours polaire mâle – Image : Lisa Scherk

Les efforts visant à inscrire l’ours polaire à l’Annexe I bénéficient d’une attention internationale croissante. À la suite de la résolution du Parlement européen d’octobre 2025 appelant à un renforcement des mesures de protection, la prochaine Conférence des Parties (COP) de la CITES en Panama en 2028 représente une nouvelle opportunité de soumettre une proposition officielle d’inscription à l’Annexe I et d’assurer à l’espèce le niveau de protection le plus élevé possible.

Trade Secret met en lumière les risques : la poursuite du commerce des peaux d’ours polaire, la pression exercée sur les populations dans l’ensemble de leur aire de répartition et la complexité des réglementations internationales qui continuent d’autoriser le commerce. À travers un nombre croissant de projections internationales, le film vise à renforcer la sensibilisation du public, à inciter à l’action et à mobiliser un soutien en faveur de l’inscription des ours polaires à l’Annexe I lors de la prochaine COP de la CITES, afin de garantir leur protection maximale.

Lisa Scherk, PolarJournal